Le chaos de l’équilibre. Se mettre dans un équilibre et essayer de le tenir pendant quatre minutes. Observer toutes les compensations que nous faisons à cet effet. Sont-elles prévisibles ? Quel contrôle exerçons-nous? Qu’est-ce qui y échappe ?
- On observe des fluctuations de régimes différents (à l’image des cours de la bourse) :
- les petites fluctuations, une forme de température thermodynamique, toujours présente et erratique ;
- les fluctuations moyennes : plus rares, par deux ou trois à-coups, qui corrigent brusquement une perte d’équilibre ;
- très rarement de grandes fluctuations : mouvements amples qui engagent des mouvements de tout le corps appendiculaire ;
- on conjecture des krachs à la bourse de l’équilibre.
- Le chaos est présent pour notre maintien ; s’il est erratique et qu’il s’installe volontiers dans la plante des pieds ou dans les genoux, nous pouvons l’inviter dans différentes parties du corps (l’articulation scapulo-humérale pour le fil).
Le chaos de la marche. La marche est un mécanisme complexe auquel l’ensemble de notre corps participe selon une temporalité qui est essentiellement celle du rythme du pas. Après avoir pris le temps d’explorer ce mécanisme, essayer de prêter son attention à la partie non mécanique de ce mouvement : comment réagissons-nous aux perturbations, aux aléas ? Comment décrire le rapport entre ce mouvement résiduel et la finalité principale, qui est de marcher ?
- L’exercice s’avère difficile parce que la marche offre encore et encore des détails de son organisation rythmique et non chaotique à l’attention tendue (la rotation du bassin, l’étirement des muscles dorsaux, la flexion du bassin, la multidirectionnalité du genou, les échos dans la tête). Cependant, cette exploration révèle que l’impression de la plante des pieds dans le sol ne devient pas répétitive, que chacune reste singulière et sert de tampon pour toutes les perturbations. La cheville, très sollicitée, est un autre lieu chaotique.
- Le ressenti des cuisses est particulier : gros blocs à dégrossir, un peu crispés et difficiles à détendre, au vécu chaotique, récalcitrants au rythme de la marche.
La posture bizarre (exercice inspiré du butō). Choisir une position bizarre qui nous sort de nos habitudes. Chercher d’abord à en faire un habitat, un chez-soi pour notre corps. Observer tout ce qui se passe dans ce processus et accueillir la naissance d’un mouvement.
- Cet exercice nécessite un temps long (dix minutes).
- Trouver une telle posture, échapper à ses habitudes et à son expertise peut être difficile. Comment s’ouvrir au nouveau ?
- Un scénario se dégage : désir de maintenir une position de plus en plus inconfortable pour voir si malgré tout elle permet un confort et offre des réserves d’aisance ; une tension monte et on peut observer son expansion dans toutes les dimensions du corps ; la rupture arrive par surprise : quelque chose bouge et on n’a pas choisi quoi.
- En fait, on ne cesse de bouger. Il y a d’abord la respiration des poumons qui prend une place importante et entraîne une respiration du corps tout entier qui vibrionne et s’agite sans direction privilégiée. Cette vie du corps est visible, expressive, irradiante. C’est par de tout petits mouvements qu’on habite la posture.
- L’environnement extérieur prend une place importante : la lumière porteuse du renouveau printanier, la présence des autres. Le moi a tendance à s’étendre à l’univers tout entier et à l’animer ; l’univers accueille le moi.
- L’exercice fait visiter une forme animale de la vie : on s’y sent animal ou on en rend compte en se référant par exemple à la vie d’un insecte.
Retour au chaos originel (exercice non fait). Partir de quelque chose qui est vivant en nous, un désir de mouvement, une pensée, des mots, une mélodie, une sensation. Concentrer son attention sur ce vécu pour observer en quoi il consiste, de quoi il est fait. Peut-on remonter à un niveau où cette consistance et la signification se disloquent, où la matérialité du vécu en oublie la forme ?
Solos du chaos. Danser le chaos à tour de rôle. Que cela ajoute-t-il à notre connaissance du chaos ?
- On observe deux options :
- interpréter le chaos : trouver une danse qui décrit ce qu’est le chaos pour nous, bouillonnement et mouvements de convection d’une marmite bouillante, sautillements, énergie/excitation très fortes, dessaisissement à la mesure de l’engagement du corps ;
- être le chaos (être les fluctuations) : le chaos n’est pas ébouriffant, il est plutôt erratique et hétérogène ; une position bizarre devient une antenne émettrice de chaos ; une jambe en l’air, les bras dressés l’expriment objectivement, involontairement comme des médiums ; il donnent à voir quelque chose de plus profond et consistant que la subjectivité.