Séance du 27 janvier 2022.
Exercices sur l’altérité.
Faire l’expérience des possibilités de rapport à autrui.
- La fusion. À tour de rôle, chacun·e de nous se présente aux autres dans son être dansant, qui peut être dans sa bulle ou connecté. Tou·te·s les autres se mettent à l’unisson : écoute empathique, danse juste en résonance et dans le lien, dans le fait de se mettre à la place de l’autre. Qu’est-ce que ça nous fait ?
- Nous aurions pu distinguer fusion des corps, fusion émotionnelle, fusion énergétique.
- Cet exercice a l’air aisé parce qu’il s’agit de se fondre dans quelque chose : imiter, mimer, s’identifier. Notre première stratégie a été de passer par le corps : vivre la même chose que le corps de l’autre pour être au diapason avec lui. On pourrait chercher des consignes pour une écoute plus passive des corps et une écoute plus active des âmes.
- Se présenter dans son être dansant peut être vécu comme un défi : cela peut réclamer d’être en paix avec soi-même.
- Le regard des yeux (ou son absence) joue un rôle important. En portant le regard vers l’intérieur on facilite l’expérience de son propre être ; en accueillant l’autre dans le regard, une forme de fusion plus vertigineuse nous entraîne.
- Une variante possible : imaginer que le foyer de la fusion se déplace de personne en personne, ou que le fourneau dans lequel nous nous fondons est à l’extérieur de nous, au milieu de nous.
- Questions. Comment s’ouvrir à cet exercice ? Dans quel état nous met-il : un état de mélange et de confusion ou un état d’unité ?
- Le dialogue : répliques successives. Imaginons qu’il y ait quatre personnes et formons deux paires, 1 et 3, 2 et 4, qui s’adressent des répliques comme suit. La personne 1 exprime quelque chose de la manière la plus claire et simple qui lui vient et l’adresse à la personne 2, qui écoute 1 silencieusement et attend qu’elle ait terminé. Puis 2 lui réplique en exprimant quelque chose qui surgit en réponse : on peut essayer de se laisser surprendre par cette réponse qu’on aura laissé se préparer inconsciemment. La personne 3 a été témoin de cette réplique et répond à 2. La personne 4 a été témoin de cette réplique et répond à 3. La personne 1 a été témoin de cette réplique et répond à 4, etc.
- Le « quelque chose » qu’il s’agit d’exprimer relève du langage du corps et non du langage des mots : il s’adresse au corps de l’autre sans qu’il y ait à chercher une signification. C’est un moi autre qui parle. Il y a là une question de l’expressivité dans laquelle le langage du visage est à mi-chemin entre les mots et le corps.
- Tous les gestes et toutes les qualités sont également accueillies ; on peut essayer de les vivre jusqu’au bout pour les donner entièrement à la personne qui écoute.
- La clarté du geste a une grande importance. Le dialogue évolue parce qu’on apprend à se connaître.
- On peut le prendre comme un jeu de devinettes, mais je le propose comme un jeu d’écoute dans lequel on fera confiance à l’écoute du corps qui recevra et saura d’emblée ce qui se passe (je compare au chien, au chat dont la posture réagit immédiatement aux changements alentour). Cultiver cette immédiateté.
- Cet exercice variera beaucoup selon les règles qui s’installeront, par exemple quant à longueur des prises de parole, qui peut aller d’un simple geste à une longue phrase.
- Questions. Quels sont les préalables du dialogue ? Quel sera l’effet d’un dos tourné, d’un sourire ? Quel rôle donne-t-on aux yeux ? Quelles formes l’écoute peut-elle prendre ?
- Les paires : émission et réception en parallèle. Deux personnes expriment leur chose l’une en face de l’autre et écoutent aussi en même temps ce que l’autre a à lui dire. Elles continuent tout en étant attentives à la part de leur expression qui est authentiquement la leur et la part qui est en réponse à celle de l’autre. Cultiver ces deux parts séparément.
- Les vécus dépendent énormément des partenaires : cela illustre d’emblée le lien qui les unit et qui est mis en jeu dans l’interaction. La danse est d’emblée dansée ensemble.
- J’ai envie de réfléchir encore au maintien en parallèle des deux processus, à la forme d’énergie qui empêche l’effondrement dans un ensemble qui ne laisserait pas sa place à l’altérité (l’espace qui permet de toujours envisager de rejoindre l’autre).
- Questions. Quel est le premier geste qui répond ? Y a-t-il lieu de distinguer la réponse et la simple prise en compte de l’autre dans la kinésphère ? Comment décrire l’enchevêtrement, les entrecroisements des processus d’émission et de réception ?
Questions globales. L’altérité, le dialogue peuvent aussi être vécus à l’intérieur de nous : cela renvoie à la proprioception, à l’intéroception, au rapport entre état interne et mouvement externe.
Notes manuscrites.